Oser la vulnérabilité

On m’a appris à fuir le bonheur, à taire mes émotions, à faire le dur. Résultat : de la colère, et des vacances gâchées par l’angoisse. Oser la vulnérabilité, ce n’est pas se déballer devant tout le monde. C’est ressentir sans se laisser emporter, et retrouver le plaisir du quotidien.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
7 min · 1 675 mots
Pièce
260 · 261 pièces publiées à ce jour
Dossier
la vulnérabilité
la vulnérabilité© Watson

01Pourquoi est-ce si inconfortable d’être vulnérable ?

Si tu te sens vulnérable en ce moment, ce n’est pas un défaut, et tu n’es pas seul à le vivre. Oser la vulnérabilité, ça semble aller contre tout ce qu’on nous répète. Et pourtant, c’est peut-être là que tu vas retrouver un peu de toi, et un peu de plaisir dans ton quotidien.

Pas simple de se sentir en position de vulnérabilité. Avouer une forme de faiblesse, ce n’est pas évident. Surtout dans une société qui vante les mérites de la force, de la puissance, de la performance.

Alors, avouer un doute, avouer une peur, ou encore reconnaître une fragilité, tout de suite, ça fait un peu poule mouillée, ça fait un peu la personne faible. Et ça ne fait pas envie, pas rêver.

Nous évoluons dans une société où les émotions sont encore regardées avec un je ne sais quoi dans les yeux qui ne dit pas que du bien.

La vraie vulnérabilité n’est pas un spectacle

Quand il est question de vulnérabilité, on ne parle pas d’un post sur Instagram avec une jolie vidéo, ou une belle photo et un texte bien ficelé. Non, ça, c’est du marketing, de la communication.

La véritable vulnérabilité n’est pas un outil de communication ou un levier marketing, même si les influenceurs l’utilisent comme tel.

Être vulnérable, c’est quelque chose qui se joue en tête-à-tête, en face à face, les yeux dans les yeux. Et ce n’est sûrement pas une comédie tragique à grand renfort d’un déballage émotionnel sans fin. Il n’est pas question de pleurnicher ni de s’effondrer.

La vulnérabilité, c’est simplement reconnaître ce que tu ressens, sans fard ni maquillage. C’est admettre une émotion, une limite, une incertitude, sans se planquer derrière une façade de dur à cuire.

C’est être capable de dire tout simplement « là, ça me touche », « là, je doute », « là, ça me fait quelque chose ». Ce n’est pas théâtral. Alors, oui, ce n’est pas confortable, oui, ça peut serrer la gorge, en effet. Et c’est normal.

02Ce que ça m’a coûté de garder mes émotions sous cloche

Le truc, c’est quand on découvre que la vulnérabilité nous rend humain, qu’elle ne nous détruit pas, qu’elle nous permet de nous équilibrer, on a tendance à en faire des caisses.

Je sais de quoi je parle, j’ai fait cette erreur. J’ai grandi dans un univers où mes émotions n’avaient pas le droit d’exister. J’ai donc appris à les tasser, les taire, les passer sous silence. Et vivre avec ça en moi. Et à oublier d’avoir du plaisir, puisqu’il n’y avait aucune place durable pour lui.

J’étais alors souvent en colère, tendu, mal à l’aise sans savoir pourquoi, sans comprendre ce que je vivais, ou ressentais.

Et puis, j’ai fini par m’ouvrir, par comprendre que mes émotions avaient leur place dans la vie, dans ma vie. Et ma femme m’a aidé à poser des mots. Mes lectures sur la psycho m’ont aussi beaucoup apporté. J’avais donc le droit et la place de dire ce que je pouvais ressentir.

03Oser la vulnérabilité, oui, mais avec un cadre

Nous avons le droit de nous ouvrir, mais attention, pas n’importe où, pas n’importe quand, pas devant tout le monde. Oui, je sais, ça te semble un peu étrange.

Je te dis que tu as le droit de ressentir tes émotions, tu as le droit de le dire, et puis, tout de suite, je te pose un cadre.

Ce cadre est important. Il va te permettre de savoir où, quand et auprès de qui tu vas pouvoir t’ouvrir. Il va t’aider à te canaliser, à ne pas être sous le contrôle de l’émotion, parce que ça, ce n’est pas très bon non plus.

Tu ne peux pas exprimer toutes tes émotions là et quand tu les ressens. Nous vivons dans une société, et qu’on le veuille ou non, il y a des lieux et des personnes avec qui l’expression de nos émotions est plus adaptée.

Au travail, ce n’est ni le lieu ni le moment

Par exemple, tu es en réunion au boulot. Et un collègue ou ton patron te recadre un peu sèchement. Là, ce n’est pas le moment de déballer tes émotions. Tu as le droit de te sentir mal, de ressentir quelque chose de désagréable, mais ce n’est ni le lieu, ni le moment d’exprimer ce que tu ressens.

Attention, je ne suis pas en train de te dire qu’il te faut refouler définitivement. Je te dis simplement, là, ce n’est ni le lieu, ni le moment.

En revanche, plus tard, entre amis, ou chez toi, tu peux en parler, pour évacuer et ne pas te laisser envahir par la rancœur et perdre de vue la question de ton plaisir au quotidien.

À la maison, avec tes proches

Autre exemple, tu es chez toi, avec la personne qui partage ta vie. Et cette personne te dit quelque chose qui te fait du mal. Là, tu peux t’exprimer, dire ce que tu ressens, sans agressivité, c’est encore mieux.

Tiens, je vais te donner un autre exemple par lequel nous devons tous passer un jour ou l’autre. Un exemple difficile. La perte d’un être aimé.

Tu ne peux pas passer ta journée en larmes au boulot. Même si tout le monde peut comprendre et accepter un coup de mou, quelques minutes de faiblesse, tu ne peux passer ta journée à t’épancher sur ta douleur alors que tu es sur ton lieu de travail.

En revanche, quand tu es chez toi, avec tes proches, là, c’est le lieu pour cela. Tu peux dire ta douleur, parler des souvenirs, du manque et du vide que tu ressens en toi. Tu peux t’ouvrir. Pas besoin d’être fort pour les autres. Laisse-toi traverser. Et ressens ce qui doit l’être.

04Mon exemple le plus personnel : l’angoisse du bonheur

Et pour en finir avec les exemples, je vais te parler d’un truc plus personnel. Comme je te le disais, j’ai vécu avec mes émotions sous cloche. Et puis, dans ma vie, j’ai traversé beaucoup de douleurs. En résumé, le mantra maternel est celui-ci : il faut fuir le bonheur, c’est un traître, et il te fait toujours payer son passage.

Ainsi, j’ai appris à me méfier de certains moments délicieux, comme les vacances. Quand elles approchent, je sens monter une angoisse sourde en moi. Et je l’emporte avec moi, je la partage à mes proches, je suis son jouet.

Trois années de vacances, trois façons de vivre mes peurs

Sur les trois dernières années, j’ai passé de drôles de vacances. La première fut un désastre. J’ai été ballotté dans tous les sens par mes peurs, mes doutes, ma crainte de ne pas savoir faire, de mal faire, de ne pas être à ma place. Et j’ai totalement gâché les vacances de ma femme.

La seconde fut formidable, j’ai pris un plaisir monstre. Les peurs étaient là, mais j’ai réussi à ne pas les écouter plus que cela. Et en me concentrant sur ma famille à moi, ma femme et ma fille, en me concentrant sur ce que j’avais à vivre, j’ai passé de très bons moments.

La troisième fut un mélange des deux précédentes. Quand on marchait, quand on était ensemble, je retrouvais de la place pour savourer. Mais dès que j’étais un peu seul face à moi, le soir avant de dormir et le matin au réveil, ça revenait fort.

Pas toujours facile de réguler quand de vieux schémas bien ancrés viennent s’en mêler.

05Ressentir n’est pas se laisser emporter

Y’a pas d’interrupteur, malheureusement, mais on peut apprendre à mieux vivre avec ses émotions. On n’est pas obligé de se laisser totalement emporter par la vague, on peut apprendre à surfer dessus quand elle arrive.

Ce que je veux te dire, c’est que ressentir est une chose, se laisser emporter en est une autre.

Ce n’est pas l’émotion qui doit dicter sa loi, c’est toi. Et cela peut paraître étrange, mais quand on commence à savoir poser ses mots, à ne plus être le jouet de ses émotions, on retrouve une certaine dose de plaisir dans son quotidien.

Lequel ? Celui de retrouver un peu de contrôle sur soi. On ne peut pas contrôler ce que l’on ressent. Ça va, ça vient, en fonction du contexte dans lequel on se trouve.

Et on peut choisir de s’ouvrir, tout en apprenant à trouver les mots les plus justes, le ton le plus adapté, et quand on commence à y arriver, oui, ça fait plaisir.

Ainsi, la vulnérabilité, malgré ce que l’on peut croire, c’est une sacrée force. C’est choisir où, quand et devant qui tu acceptes de dévoiler certaines des émotions les plus rudes que tu peux ressentir.

06Par où commencer pour oser la vulnérabilité

Alors, désormais, pour toi qui peux te sentir parfois emporté par une vague émotionnelle, tu fais comment ?

Nomme ce que tu ressens, du générique vers le précis

Tu peux essayer de nommer ce que tu ressens, nommer cette émotion. Ça aide à désamorcer l’impact. Si tu n’y arrives pas, laisse passer la vague, essaie de te concentrer sur autre chose. Et ensuite, une fois que cela retombe, tu peux tenter de nommer ce que tu viens de traverser.

D’expérience, je sais que quand tu découvres tes émotions, les nommer, ce n’est pas si simple. Est-ce bien le bon nom ? Ne me suis-je pas trompé ? Et si je me trompais ? Voilà les questions qui vont te venir très vite.

Essaie d’aller du générique vers le précis. J’ai eu peur. De quoi, comment, et puis, d’être de plus en plus précis. Ça peut aider.

Et si tu n’y arrives pas seul

Au passage, quand on est submergé par le ressenti, ce n’est pas évident d’avoir le recul nécessaire pour trouver le nom juste. C’est bien plus facile d’avoir quelqu’un en face de soi.

Tu peux ressentir, tout poser, et en face, je pose des mots. C’est bien plus facile, et confortable. Et tu peux retrouver plus facilement ton chemin vers ton plaisir.

Gardons le contact.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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