Pièces/245/18.06.2026

Non, tu n’es pas anxieux

Tu es anxieux. Quand tu dis « je suis anxieux », tu parles de ton identité. Et si e réalité tu te trompais. On ne vas pas nier ton anxiété, mais la façon dont tu es parles.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 282 mots
Pièce
245 · 245 pièces publiées à ce jour
wil emotion juin 23
wil emotion juin 23© Watson

01Le mauvais diagnostic

Quand l’anxiété par anticipation vient à frapper régulièrement à ta porte, tu as tendance à croire qu’il te manque une méthode de relaxation de plus, une formation de plus, un séminaire de plus, bref, tu crois que tu n’es pas assez.

Pas assez quoi ? Pas assez doué. Pas assez fort. Pas assez calme. Pas assez relaxé. Pas assez je ne sais pas quoi. Mais pas assez.

En gros, tu es le problème. Tu es le problème parce que cette peur qui revient, c’est la preuve, y’a pas de doute. Si tu n’étais pas le problème, bah forcément, cette saloperie, elle ne reviendrait pas. CQFD.

02La quête identitaire

Ayant grandi auprès d’une mère devenue experte en identité foireuse, j’ai vu le truc de près. J’ai appris auprès d’une vraie pro.

À l’époque, y’avait pas internet, mais des médecins traitants complaisants. Je crois que ma mère a dû tester tous les anxiolytiques du marché. J’avais sous les yeux l’un des plus grands maux de la société.

Plutôt que de payer un thérapeute sérieux et de faire un travail sur elle, ma mère adorait aller le lundi soir se plaindre auprès de l’oreille bienveillante de son médecin, et obtenir son ordonnance. Et voilà.

Un petit mensonge, une boîte de pilules, et le tour est joué. On traite la surface, mais on laisse le fond bien tranquille.

Ma mère se disait anxieuse. Cela fait partie d’elle. C’est un bouclier. Une façon de refuser de travailler le fond, une fuite élégante. Mais aussi une façon de dire : « Regardez brave gens, ma vie est si dure, si compliquée, je suis anxieuse, mais je me soigne ». L’anxiété était son identité.

Seulement voilà, dans ma quête de vérité, y’a un truc que très peu de gens te disent. J’ai vu plusieurs psys dans ma vie, aucun ne l’a dit. Ce qu’on ne te dit pas, c’est que l’anxiété est un symptôme, pas un trait identitaire.

Dire je suis anxieux est une erreur fondamentale. Tu es petit, tu es grand, tu es stupide, tu es intelligent. Mais tu RESSENS de l’anxiété, tu n’es pas anxieux.

Tu ressens la différence ? Essaie donc. Dis à voix haute « Je suis anxieux » et « Je ressens de l’anxiété. » Et observe la différence en toi.

Normalement, l’une des deux phrases va te faire sentir un poids, quelque chose d’inéluctable, de douloureux. L’autre phrase, elle, devrait t’apporter plus de légèreté, comme une solution, une issue, une possibilité. Cette différence est énorme. Elle n’a pas l’air comme ça, mais c’est un outil puissant. Un outil, pas une baguette magique.

03Entretenir son identité

Reprenons le cas de ma chère maman. Je pourrais parler de moi, car j’ai été un bon élève durant plusieurs années. Jusqu’au jour où j’ai décidé de faire ce qu’elle n’a jamais fait : creuser.

Ma chère maman avait donc ses boîtes de pilules. Et tous les soirs, hop, elle gobait ses cachets, sans oublier ses somnifères pour dormir. Et malgré toute cette pharmacie qu’elle avalait chaque soir, sans oublier l’alcool bon marché, elle ne trouvait pas le sommeil.

La moindre contrariété la faisait exploser. Le moindre son la faisait bondir de son lit. Elle avait les traits tirés, usés, mais elle n’arrivait pas à trouver le sommeil. On appelle cela l’hypervigilance.

Il y a quelque chose de logique dans tout cela. Quand TU ES (et non quand tu ressens) anxieux, tu es en alerte, tout le temps. Chaque minute, chaque seconde, tu es aux aguets, tu guettes le danger.

J’ai donc embrassé cette identité. Parce que comme ma maman, j’ai eu une enfance pas très drôle. J’ai pris le tarif. Elle a reproduit avec moi le schéma qu’elle avait connu avec son père. Sans en avoir conscience.

À quinze ans, son médecin m’a donné un anxiolytique, mais pas de panique, un léger me disait-il. À cette époque, on avait la main légère. Je ne sais pas si aujourd’hui les médecins se montrent toujours aussi désinvoltes, j’espère que non.

Quand j’ai été majeur, le toubib m’a fait un « beau cadeau ». J’avais un boulot, mais je n’étais pas bien dans mes pompes. Et dans les années quatre-vingt, la santé mentale était taboue. Tout autant que les mères violentes. Alors, j’ai eu le droit à ma première boîte de Lexomil.

En fait, très tôt, comme beaucoup de futurs adultes, j’ai été étiqueté « anxieux » et j’ai appris à vivre avec cette étiquette sur ma carte d’identité. Et comme tout bon anxieux, j’ai entretenu mon hypervigilance. J’avais le bon terreau.

04Changer l’identité

Je te le disais plus haut, il est arrivé un moment où j’ai fait ce que je croyais impossible et surtout, inutile. J’ai creusé. Dans ma famille, comme dans beaucoup, on dit que le passé est le passé.

C’est vrai, quand on laisse le passé en paix. Mais quand on le convoque à chaque occasion, plusieurs fois par jour, le passé n’est PAS le passé, il est le présent. Il est là, il hante chaque mot, chaque pensée.

Il se projette aussi dans l’avenir, il fait peur, parce qu’on a peur de le voir revenir, encore, et encore, et encore. On se sent prisonnier. On EST anxieux.

On est pas uniquement petit, grand, gros, maigre, homme ou femme, non, non, on EST le symptôme. Docteur, JE SUIS anxieux.

Et tant qu’on ne décide pas de creuser, on ne peut pas admettre que l’on ressent de l’anxiété.

05Le rapport au passé

Alors, j’ai creusé. Creusé ? J’ai été fouiller dans mon passé. Pas pour regarder les jolies photos. Non. J’ai été chercher les douleurs. Tu sais, celles que l’on cache dans les familles, sous un joli napperon de « Le passé, et tu n’y changeras rien », ou encore, la belle nappe de « ce qui est fait est fait, ça sert à rien de remuer le passé ».

C’est vrai que tu ne vas pas réécrire l’histoire. Mais tu vas pouvoir changer ton rapport à ce passé. Tant que l’émotion te fait encore mal quand tu y penses, alors, ce n’est pas traité, et ça agit encore sur toi.

Pour beaucoup, ton hypervigilance vient de là. De toutes ces émotions que tu n’as pas eu le droit ou l’occasion d’exprimer, de ressentir. Tous ces trucs s’entassent en toi et contaminent ton présent.

Autant les beaux souvenirs te portent, t’aident à construire ta confiance, ton estime, quelque chose de stable. Autant ces souvenirs et émotions qui font mal et qui sont en stand-by parce que « le passé c’est le passé » peuvent te faire du mal.

La chasse au trésor

Alors oui, j’ai pris non pas la pelle, mais carrément le tracto-pelle, et go. Attends, ne vois pas en moi un héros. Parce que, comme je le dis ailleurs sur le site, il m’arrive encore de me planter. De croire à nouveau que je suis anxieux, et non de ressentir de l’anxiété. D’avoir peur par anticipation.

Et tu sais quoi ? Oui, creuser, ça fait remonter des émotions pas agréables, mais ça fait de la place, de la place pour que le plaisir puisse enfin reprendre la sienne dans ta vie. Ce n’est pas toujours simple de creuser seul, de savoir quoi faire de ce que l’on trouve.

De plus tu pourrais passer à côté de ce trésor qu’est le plaisir, car très souvent, ce coquin plaisir se cache dans tout ce qui remonte et qui obscurcit la vue.

Et c’est là que Watson te seconde dans cette tâche. Parce que tu pourrais croire que tu as perdu le plaisir, alors qu’en fait, tu t’es simplement égaré en chemin. Ce n’est pas la même chose. C’est comme être anxieux et ressentir de l’anxiété.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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