01Aimer pour soi
L’amour. Ce sentiment que nous voulons noble, romanesque, chevaleresque. Nous ne pouvons que très difficilement vivre sans.
Ne pas être aimé, c’est terrible. Je le sais, j’ai vécu cette expérience douloureuse. Il est des mères qui ne savent pas aimer. Non qu’elles ne le veuillent pas. Elles n’ont, très souvent, pas été aimées elle-même dans leur jeunesse. Alors, elles n’ont pas le mode d’emploi. Elles gardent cette douleur en elle, et vivent avec.
La question qui se pose alors est de savoir si l’amour est égoïste ou altruiste. Les romans nous racontent qu’il est altruiste. Qu’il est beau, qu’il est grand. On aime pour l’autre, on est prêt à traverser le monde pour retrouver l’être aimé. Mais n’est-ce pas d’abord un acte égoïste, n’est-ce pas d’abord la nécessité de combler un besoin ?
Alors que je devais avoir dix-huit ans, j’ai eu une discussion avec un ami. Et pour lui, sans remettre en question de la beauté de l’amour, la chose était claire. On aime pour soi. Pour l’image qu’être aimé nous renvoie de nous même. Pour le bien que cela nous fait. Pour le fait de se voir exister dans les yeux d’une personne.
Se voir vivre dans le regard de l’autre
On aime une personne parce que nous fondons devant son regard, nous sommes touchés par ses mots, ses gestes, ses comportements, sa vision du monde. Peu importe, mais elle provoque des réactions en nous. Et savoir que nous provoquons quelque chose en retour, c’est bon.
Nous aimons ce que nous ressentons. Et ce que nous ressentons, c’est la reconnaissance. Mais une reconnaissance particulière, c’est MOI. Un peu comme une mère saine reconnait son enfant. C’est toi. On sent à part, particulier, nous avons quelque chose d’unique. Et se sentir unique, ça fait du bien à l’esprit, au corps. Nous ne sommes pas un dans la multitude, non, nous sommes de nouveau uniques.
02Aimer à se perdre dans l’autre
Pour d’autre, aimer, c’est se perdre. Longtemps, pour les femmes, le mariage était une dissolution identitaire. Elle devenait l’ombre de son mari, son aide de camp. Les temps ont changé, même si des traces de cette époque perdurent encore, malheureusement.
Mais la dissolution de l’amour, on peut encore la ressentir, quand on se sent incomplet, vide, mal aimé. J’ai connu cette forme d’amour. J’ai grandi sans être aimé. Alors, pour moi, l’Amour, avec un grand « A », c’était une quête folle. Celle d’une fusion improbable. Une fusion qui conduit à la dépendance affective. L’autre va mal ? Je perdais mon équilibre, j’allais mal, sans autre raison que l’être aimé trébuchait.
L’amour et la passion
C’est une forme d’amour, total, absurde, irréel, irrespirable et impossible. C’est quelque chose qui te laisse, à sa fin, dans le caniveau, vidé, exsangue, hagard, perdu. Il ne reste rien de soi. Aimer, ce n’est pas se perdre dans l’autre, ce n’est pas se dissoudre en l’autre.
Nous confondons souvent l’amour et la passion. En matière de sentiment, la passion est une chose folle. Elle brûle, elle nous fait sentir vivant à l’extrême. Elle est d’une rare puissance. Mais elle tire sa force féroce au fond de nous, elle nous consume. On ne dit pas pour rien que la passion est un feu ardent. Et quand le feu s’éteint, car il ne peut que s’éteindre, il ne reste de nous que des cendres. Il nous faudra des semaines, des mois, pour renaitre.
La passion est une expérience douloureuse. Riche d’enseignements, mais douloureuse. Exaltante, vive, brûlante. C’est vrai. Mais elle n’apporte aucune stabilité, aucun confort. Tout n’est que brûlure. La présence de la peau et des lèvres de l’autre est une folie douce qui enivre. Son absence est une morsure froide qui glace le sang, rigidifie et fait sentir le vide immense.
03L’amour à partager
Quand j’ai rencontré la femme avec qui j’allais partager les plus de vingt années qui viennent de s’écouler, et qui partage encore ma vie, j’ai su une chose. Je n’avais pas de passion. Mais une envie de faire chemin avec elle. Quelque part, elle était ce qui me faisait défaut. Et je crois que j’avais en moi ce dont elle avait besoin. Et puis, nos regards convergeaient.
Nous savions que nous avions quelque chose à écrire, ensemble. Quoi ? Nous ne savions pas vraiment. De quelle façon ? Nous allions le découvrir, ensemble. Et nous avions peur, tous les deux. Parce que nous avions nos blessures, et la trouille de souffrir, encore. Quelque chose nous poussait l’un vers l’autre.
La route que nous avons fait est majoritairement douce. Fluide. Elle a traversé quelques orages, oui. Mais jamais nous n’avons vraiment remis en cause notre lien. Nous oeuvrons autant que possible en équipe. Quand j’écris cela, je me rends compte qu’il n’y a rien de romantique, ni de beau, au sens romanesque du terme.
L’amour et la vie
Mais la vie n’est pas comme dans un roman. Elle a ses obligations, ses devoirs, ses limites. Et nous devons composer avec. Et c’est là que la notion d’équipe trouve son utilité. Dans une équipe, on se soutient, on s’aide, on essaie de se comprendre. On est ensemble. On grandit ensemble.
Pour qu’un couple réponde bien à l’équation un plus un égal trois, chacun doit pouvoir grandir avec le soutien de l’autre. Chacun doit être un refuge et un abri pour l’autre. C’est ainsi que l’entité du couple peut alors émerger. On doit pouvoir aller et venir de soi au couple, du couple à soi. En toute liberté.
Alors, la question de savoir si l’amour est altruiste ou égoïste n’est pas, à mon sens la question la plus importante. Je crois qu’il est l’un et l’autre. Parce que sa dimension égoïste permet d’être altruiste.
Ce qui compte, c’est de se sentir aimé, compris, reconnu, et d’offrir cela en retour. L’amour vrai, c’est de former une équipe, de se tirer mutuellement vers le meilleur de soi, pour vivre le meilleur du couple. C’est évoluer et grandir à deux, et continuer d’avoir envie de faire la route l’un avec l’autre. Et après plus de vingt ans, je n’ai pas envie de changer d’équipière.

