L’amour vache

« Mais je t’aime, connard ! » Ma fille m’a lâché ça un soir, tout sourire. Chez nous, l’amour vache, c’est la norme : on se chambre, on se rentre dedans. Mais derrière la vanne se cache une vraie tendresse. Voilà pourquoi j’y tiens — et pourquoi, parfois, je pose les vannes pour le dire en face.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
4 min · 979 mots
Pièce
263 · 264 pièces publiées à ce jour
amour vache
amour vache© Watson

01Je t’aime, connard

Ah, les bienfaits de l’amour vache. Bon, quand tu lis ça, ça peut heurter un peu, j’en conviens. Surtout quand tu sais que ça vient d’une adolescente qui parle à son père.

Hé oui, l’amour vache, ce n’est pas uniquement dans le couple. C’est aussi la relation parent/enfant, mais aussi entre potes. J’ai eu un ami, pendant plus de dix ans, on ne communiquait que de cette façon. D’ailleurs, entre mecs, c’est souvent ainsi.

Attends avant de juger. Dans notre petite famille, l’amour vache, c’est la norme. Un truc naturel. Je suis un peu vachard. Et pour sa part, ma femme n’est pas une grande bavarde sur ses sentiments, ses émotions. Elle est plutôt du genre taiseuse.

Et quand elle lâche quelque chose, c’est un peu vache, placé entre deux vannes, avec un sourire coquin, mutin, une douce provocation. Mais avec sa fille, elle sait aussi être sincère, douce. Seulement, ce n’est pas vraiment sa nature.

02L’amour vache, c’est un jeu

L’amour vache, un langage de famille

Entre ma fille et moi, on a toujours été en mode jeu, taquineries, moqueries, un vrai amour vache. Je n’ai pas vraiment appris à être aimé, et j’ai fait avec mon naturel, avec ce que j’avais en moi.

J’ai toujours mis en avant que l’important, c’était que ma fille se sache aimée, pour de vrai, sans conditions. J’ai toujours voulu qu’elle soit certaine que je la soutiendrais toujours, envers et contre tout.

Ainis, certains soirs, il m’arrive de me poser auprès d’elle, de lui parler avec douceur, avec tendresse. De lui dire simplement que je l’aime, pour ce qu’elle est, pour sa force, son courage face à son handicap, sa détermination.

Offrir des fleurs pour équilibrer l’amour vache

Et puis, dans le quotidien, on ne peut pas toujours vivre en mode romance ou film à l’eau de rose, même si j’aime lui offrir des fleurs de temps à autre.

J’en offre à sa maman chaque week-end : nous avons une fleuriste sur le marché, le samedi matin, qui vient vendre sa production à un bon prix. Alors, pourquoi s’en priver ? Un geste de tendresse, pour équilibrer un peu la balance, ça ne fait pas de mal.

03L’amour vache cache une vraie tendresse

Cependant, notre mode de communication, c’est plutôt la vanne, le chambrage : on se rentre dedans.

Et ainsi, l’autre soir, alors que je traversais une de ces périodes de doutes dont j’ai parfois le secret, ma fille m’a regardé tandis que nous parlions de se sentir aimé.

Et après une incompréhension plutôt drôle, elle m’a lâché ce désormais fameux « mais je t’aime, connard », avec un immense sourire, suivi d’un franc éclat de rire.

Faut dire que j’ai été habitué à recevoir des signes d’attention négatifs : c’est avec ça que j’ai grandi et appris à me nourrir. Et par moments, ces gestes, ces attentions et ces mots positifs, j’ai encore un peu de mal, un peu de méfiance.

D’où vient l’amour vache ?

L’amour vache est une façon d’exprimer son amour et sa tendresse. On le retrouve assez souvent chez des gens qui ont vécu des moments difficiles.

Ou, comme chez ma fille, quand on a grandi avec un ou des parents qui ont eux-mêmes vécu une enfance un peu cabossée. Cela dit, ce n’est pas toujours le signe d’une blessure : parfois, c’est simplement une culture familiale, un truc entre potes.

Mais il ne faut pas s’y tromper ! L’amour vache, c’est un acte qui cache une vraie tendresse, un véritable amour.

04Quand l’amour vache déroute

C’est vrai, quand tu n’es pas habitué, quand tu ne connais pas, ça déroute. Prendre une insulte avec, en face de toi, une personne tout sourire, les yeux qui pétillent, ça fait drôle.

L’amour vache, c’est un message bien contradictoire. D’un côté, l’insulte ; de l’autre, une joie non feinte. Y’a de quoi se sentir déstabilisé, je le reconnais. Mais c’est aussi un jeu. Enfin, si l’on est capable d’équilibrer la balance.

Parce que, pour être sincère, n’être que dans l’amour vache, à la longue, c’est pénible. On devrait être assez confiant, se sentir assez en sécurité pour oser exprimer ses sentiments sans avoir peur.

Encore une fois, l’idée n’est pas de vivre dans un film romantique, mais simplement, à certains moments, de ne plus avoir besoin d’artifices ou de protection pour oser exprimer ce que l’on ressent.

05Ne pas se contenter de l’amour vache

J’adore l’amour vache, j’adore taquiner, jouer avec les codes, déstabiliser l’autre, mais toujours avec tendresse, toujours avec une bonne dose de respect. Et j’aime aussi pouvoir me poser, les yeux dans les yeux, et dire à l’autre à quel point il est important pour moi.

Je sais que ma femme et ma fille sont les deux personnes qui ont la capacité de me mettre au fond du trou, parce que nous avons un lien fort. Mais ce lien, je veux le vivre, je veux qu’il soit franc, sincère, réel.

J’ai eu beaucoup de regrets dans ma vie, et j’en ai eu assez. Je ne veux pas que ces deux relations suivent le même chemin. Et je veux montrer à ma femme que tout ce qu’elle m’apporte depuis des années m’est utile.

Et je veux que ma fille sache que le passé n’est pas un frein, pas toujours. Que l’on peut prendre des coups, de sérieux coups sur le casque, mais qu’on peut se relever, aimer, avoir confiance, continuer de vivre, de croire, d’espérer.

Alors, oui, on a l’amour vache à la maison. Mais on s’aime vraiment. De tout notre cœur.

Oser dire les choses sans la vanne

Et si toi aussi tu es adepte de cette forme d’amour, pour une fois, essaie donc de dire à l’autre ce que tu ressens, sans chercher à te cacher derrière un bon mot, une vacherie, une plaisanterie. Assume tes sentiments. Et vois ce qui revient.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Coach — pas psy. Deux infarctus, un passé lourd et douloureux, des années à me fuir : c'est ça qui m'a appris où ça coince vraiment. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que quelque chose bouge — ce que tu y liras vient de la vie et du terrain, pas d'un cours.

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