Covid-19 – Journal de bord – EP4

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Quand une baguette de pain devient le Saint Graal. L'épisode 4 du journal de bord d'un confiné.

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Table des matières

Stéphane Briot

Stéphane Briot

Mentor & Coach, spécialisé dans la recherche et la découverte du Why

Voilà. Nous sommes le 2 février. La nuit tombe, il est 18h00. J’ai oublié d’acheter mon pain. J’enfile mon blouson, je saute dans mes baskets, je manque d’écraser le chat qui me lance un regard noir, j’attrape mes clés au vol et je file.

La baguette, la boulangère et moi

En attendant l’ascenseur, je jette un œil dehors, la grille de la boulangerie est encore levée. Avec un peu de chance, j’arriverai avant la fermeture. Je vois une personne rentrer dans la boutique. J’ai encore un peu d’espoir.

Au bas de l’immeuble, je presse le pas et je manque de me faire renverser en traversant la rue m’importe où et n’importe comment. Je suis bon pour une belle bordée d’injures. L’hospitalité légendaire des Marseillais, toujours enclins à vous aimer.

Hé meeeerde ! La grille se ferme sous mon nez. Je tape dessus, mais Julie, la serveuse ne voit ni ne m’entend. Je tente encore ma chance. Toujours rien. La loose. Putain de couvre-feu !

Manger sans pain ?

S’il est bien un truc que je n’aime pas, c’est un repas sans pain. Et surtout, sans un bon pain. Et ma boulangerie fait du bon pain.

J’ai l’air d’un con là, en train de taper sur le rideau de fer de la boulangerie. Mais bon, elle va bien finir par m’entendre ou me voir hein ???

Chaque matin, depuis quelques mois, j’ai troqué mon café, mes news et mon bavardage avec ma femme a la terrasse du café contre le balcon du salon.

La sexitude du confiné

N’empêche, je soigne ma sexitude !  Ma doudoune « JOT » et mes Charentaises. Hey ! Total look. Le chat ne comprend pas bien. Quand je mets mon blouson, il file direct vers la porte d’entrée de l’appartement.

Là, il me regarde de l’air dire « Mais qu’est-ce tu fous l’humain, t’es pas bien ? ». Bon, remarquez, passé ce moment d’incrédulité, il me pète sa pile et devient comme un fou. Le balcon ouvert, voila de quoi faire le zouave.

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Quant à moi, je parcours les news en buvant mon p’tit noir (on peut encore dire ça pour un café, ou j’ai la LICRA qui va me poursuivre ??) sur mon balcon. C’est pas tout à fait pareil, mais c’est déjà mieux que rien.

Confiné ou prisonnier

D’ailleurs, l’autre jour, sur mon balcon, je pensais aux gens qui passent un bout de leur vie en prison. J’suis stressé à l’idée de ne pas profiter de mes restos favoris, de ne plus aller prendre un café à la plage le week-end, et j’en passe, et eux, ils passent l’essentiel de leur vie entre quatre murs.

J’ai jamais connu la prison, j’ai toujours pensé que ce devait être pénible. Mais je ne pouvais imaginer à quel point. Être consigné le soir chez soi à compter de 18h00, ça nous fous et cela pèse sur notre psyché, alors, imaginons si nous étions prisonniers. Heu, en fait, non n’imaginons pas.

Bon j’suis toujours devant le rideau de fer de la boulangerie, et Julie ne m’entend toujours pas. Tiens, petite idée : le téléphone.

Allez, Google, Hat’s Saint Giniez, appeler.

C’est fou comme une simple baguette de pain peut prendre des allures de Graal dans certains cas.

C’est dans ces moments qu’on se dit que là, y’a quand même quelque chose qui ne tourne pas très rond chez nous.

Et ça continue encore et encore

En même temps, voilà bientôt une année que nous sommes dans cette crise sanitaire. À la longue, ça tape un peu beaucoup sur le système. Et puis, tout est si fade en ce moment.

Tiens, prenons le foot, puisque je suis un amateur de foot. Depuis toujours, je regarde les matches de l’OM à la télé. L’ambiance, les chants, les sifflets, bref, un stade qui vit, c’est chouette.

Hé bien là, c’est… mort. Et puis, les chants des supporters qui sont crachés par la sono. Bon, on s’y fait, mais quand même, c’est vraiment pas la même. Des tribunes vides, et les coups de gueule de joueurs que l’on n’entend pas d’habitude, il manque quelque chose.

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Il manque l’âme, la respiration, la fureur, le bruit, il manque la vie en quelque sorte.

Et pour chacun de nous, il manque quelque chose quelque part. Nous n’avons plus ces moments de respiration en dehors de la vie professionnelle. Et à la longue, il est certain que cela pèse.

Et ma baguette alors ?

Les angoisses, l’anxiété, le sommeil qui nous échappe, oui, il nous manque quelque chose. Et pourtant, il nous faut tenir et ne pas devenir timbrés.

Ah, ça sonne. « Allo, Julie, j’suis devant la grille… Y’a moyen de gratter une baguette ? » Elle me dit oui. Déjà que j’aime quand une Femme me dit oui, mais là… Là… C’est magique !

Je prépare la monnaie, elle ouvre la grille et me file ma baguette. C’est pas la même que d’habitude, mais pour le coup, je ne vais pas faire la fine bouche. J’ai mon pain ! j’ai mon putain de pain !

La politesse, ça aide

Bon, demain, faudra que je sois plus attentif à l’heure. Ça serait bienvenu. En attendant, je me dis qu’être aimable, souriant, de prendre le temps de parler un peu avec le personnel de la boulangerie, en plus d’être sympa, ça aide dans ces moments-là.

Parce que si j’avais été le genre de client à la con qui ne dit jamais bonjour, ou au revoir, qui tire la gueule tout le temps, bah, pas certains que l’on m’aurait ouvert la grille, et je serais sans doute resté comme un gros con devant la grille.

En attendant, je rentre chez moi, avec ma baguette à la main, et le sourire, je traverse en faisant attention, cette fois-ci, de ne pas me faire renverser. C’est ma chérie qui va être contente tiens. On va avoir du pain.

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