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Journal de bord d’un indépendant confiné

Nous sommes en plein dedans ! Nous voilà privés d’un grand nombre de nos libertés les plus élémentaires. Nous connaissons désormais l’un des nombreux goûts de la privation. Ce qui était élémentaire, acquis, inconscient, va redevenir quelque chose de magique.

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Les instants magiques

Magique ? Oui, magique, et même extraordinaire, puissant, profond, jouissif ! Nous allons, dans quelques semaines, retrouver ces goûts que nous avons perdus dans les méandres de nos conforts, dans l’absurdité égoïste de revendications déplacées.

Alors que chaque jour, nous perdons un peu plus de nos repères, de nos libertés, nous voyons la ruche s’agiter de façon désordonnée, frénétique, hystérique. La longue liste des gestes stupides est déjà connue, il n’est pas utile de la reprendre ici.

Ce virus pousse notre espèce dans ses retranchements. Nous allons nous retrouver face à nous même, face à nos propres limites, il nous pousse à nous retrancher, nous isoler. Que peut-il exister de pire que d’être privé de sa liberté de mouvement ?

Le virtuel deviens ENFIN réel

Heureusement pour nombre d’entre nous, et pour vous qui lisez ces lignes, nous avons internet. Nous ne sommes pas totalement coupés les uns des autres, nous avons toujours un lien.

Et je ne sais pas si chacun est bien conscient de l’aspect précieux de ce lien aujourd’hui. Il y a peu encore, un bref échange sur les réseaux sociaux n’avait que peu de valeur.

Cette valeur va sans doute grimper dans les jours et semaines à venir. Il va nous devenir impérieux d’avoir un contact avec « le monde extérieur », un contact avec « les autres ».

Le gout des autres

Ces « autres » qui sont si souvent pénibles, source de nos malheurs, de nos agacements, ces « autres » qui nous poussent, nous obligent à être mal aimables, qui nous poussent à la violence verbale ou physique, ces autres qui ne comprennent pas quand on leur explique.

Ces autres oui, ces autres. Ces autres qui vont tant nous manquer dans les semaines à venir. Et qu’il nous sera bon de dire « ah merde, non pas toi ! Finalement, ce virus avait du bon ! » Oui, il nous sera bon de refaire les idiots.

Depuis peu, chaque jour qui passe nous limite un peu plus, la contrainte se fait plus forte. Le sentiment d’enfermement, l’isolement, la perte de lien, les rues silencieuses…

Le chant des oiseaux

D’ailleurs, à Marseille, j’entends désormais chanter les oiseaux. Il m’arrive de les entendre de temps à autre. Plus les jours avancent, plus j’ai loisir de longuement écouter leur chant.

C’est agréable le chant d’un oiseau. C’est la vie, c’est joyeux, léger. Les oiseaux qui chantent, c’est aussi que tout va bien. Tout n’est pas sombre.

Sur mon balcon, d’ordinaire si bruyant, si passant, je découvre les volutes du calme. Le silence et un peu plus loin, la mer. Je peux avaler une gorgée de café, dans le calme.

Je ne sais ce que nous allons advenir. Je sais aussi ce que cache ce calme ambiant. Que puis-je faire ? Quelles sont les solutions qui s’offrent à moi pour vivre le mieux possible une telle situation ?

Et le choix de vivre

Je peux lire les informations, suivre les chaines d’info en continu, courir dans les supermarchés pour faire le plein et surtout ne manquer de rien. Je peux avoir peur, pour moi, mes proches, mes amis, mes collègues. Je peux céder à l’anxiété et à la gravité, voir l’avenir proche comme une boule noire, profonde, inquiétante, sans bruit, sans odeur.

Je peux aussi savourer le calme dans la ville, c’est si rare, et si reposant. Il est dommage que cela soit un tel évènement qui nous rappelle à quel point nos vies sont polluées par les bruits de la ville.

Et comme je n’ai pas souvent ce loisir, alors je vais en profiter. Profiter d’une rue calme sans moteurs pour mieux dormir, je vais profiter du calme pour lire sur mon balcon la journée. Vous imaginez ! Nous serions en plein hiver, je n’aurais pas cette chance, le froid serait trop fort.

À Marseille, il fait doux. Et je peux profiter de mon balcon pour lire, dehors, à l’air libre. Oui, c’est aujourd’hui un luxe.

En réalité, j’ai le choix. Je ne peux pas changer la présence ou non d’un virus ou d’un autre. Je ne peux pas changer les décisions du gouvernement. Je ne peux pas vivre comme si de rien n’était. Je ne peux pas ignorer ce qui se déroule.

Que souhaitez-vous décider ?

Je peux choisir comment. Je peux choisir comment je vais regarder ma ville :

Silencieuse, inquiétante, lourde, pesante, anxiogène, dramatique.

Calme, sereine, paisible, m’offrant un espace de réflexion, un espace pour apprécier ce que j’ai, un espace pour ne plus envier ce que je n’ai pas, un espace pour redécouvrir les miens, autrement (on a tant vécu ensemble, qui sommes-nous devenus ?), un espace pour me redécouvrir.

Tout n’est qu’une façon de voir les choses sous un angle ou un autre, et de se concentrer dessus. Ça parait idiot ? Un peu simplet ? C’est vrai. Vous avez raison. Mais est-ce vraiment si idiot ? Libre à vous d’essayer pour voir.

De quoi avez-vous envie alors ? Sous quelle forme souhaitez-vous vivre ces semaines à venir ? Qu’avez-vous à perdre si vous deviez essayer ? Rien.