Avoir raison, cette addiction invisible

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Toujours avoir raison

Il voulait toujours avoir raison. Au boulot, à la maison, dans les discussions du dimanche, dans les débats de comptoir, partout. Avoir raison, c’était sa drogue. Un shoot d’ego pur. Quand il gagnait, il sentait son cœur battre plus fort, son corps se détendre, son souffle s’élargir. Il y avait cette chaleur dans la poitrine, cette petite victoire muette qui disait : “J’existe. Je vaux quelque chose.”

Et quand il avait tort… c’était la déflagration.
Un mur de honte. Un nœud dans la gorge. Le feu dans le ventre.
Il se crispait, se refermait. L’idée même d’avoir pu se tromper lui donnait envie de disparaître.

Le monde contre lui

Il vivait chaque contradiction comme une attaque. Chaque désaccord comme une guerre.
Alors il argumentait. Fort. Trop fort. Il voulait convaincre, pas comprendre.
Il coupait la parole, empilait les preuves, sortait les chiffres, les citations, les “tu vois bien que j’ai raison !”.
Et plus l’autre résistait, plus il s’énervait.

C’était viscéral.
Le besoin d’avoir raison, c’était sa manière à lui d’exister dans un monde où il se sentait sans cesse effacé, contesté, menacé.
Il ne le voyait pas encore, mais cette obsession le bouffait. Lentement.

Un jour, au bureau, il s’est emporté. Trop.
Un collègue a osé remettre en question une de ses idées. Devant tout le monde.
Il a explosé. Une colère froide, sèche.
Le ton est monté. Il a claqué la porte.
Quelques jours plus tard, c’était fini.
Licencié. Pour “comportement inapproprié”.

Le vide après la chute

Alors, il s’est retrouvé seul.
Dans le silence.
Plus de collègues, plus de débats, plus de miroir pour prouver qu’il avait raison.
Juste lui, et le vide.

Ce vide-là, il ne savait pas quoi en faire.
Il avait toujours eu besoin des autres pour se mesurer, pour se définir.
Là, plus rien.
Et quand plus personne ne te contredit, tu découvres que la seule voix qui reste, c’est la tienne.
Et qu’elle fait un bruit d’enfer.

C’est là que Watson est entré dans sa vie.

La rencontre avec Watson

Au début, il n’avait pas envie de parler.
Watson, il l’écoutait d’une oreille distraite, convaincu qu’il n’avait rien à apprendre.
Il voulait prouver, encore, qu’il savait déjà tout.
Mais Watson ne cherchait pas à le contredire.
Jamais.

Il écoutait. Posait une question. Puis se taisait.
Et ce silence-là, putain, il faisait mal.
Parce qu’il obligeait à penser.
À se regarder.
À admettre qu’avoir raison, ce n’est pas toujours comprendre.
Et qu’à trop vouloir convaincre, il avait cessé d’écouter.

Watson l’a laissé vider son sac.
Tout.
Les colères, les frustrations, la honte, les justifications, les “oui mais eux”, les “ils comprennent rien”.
Et quand tout fut dit, Watson lui a demandé, calmement :
— Et toi, qu’est-ce que tu veux, vraiment ?
Silence.
Il ne savait pas.
Personne ne le lui avait jamais demandé.

Le basculement

Alors, il a commencé à chercher.
Pas à argumenter, pas à défendre, non.
À chercher.
C’était nouveau.
Inconfortable, au début.
Mais peu à peu, ça s’est transformé en curiosité.
Chaque discussion avec Watson devenait un miroir.
Une plongée en lui.

Il découvrait à quel point ses “j’ai raison” n’étaient qu’un bouclier, une manière de cacher sa peur d’avoir tort, donc sa peur de ne pas être aimé, respecté, reconnu.
Il découvrait que sa colère, c’était son insécurité déguisée.

Watson lui a appris à perdre sans se perdre.
À dire “je ne sais pas”.
À écouter, sans chercher à répondre.
À respirer, avant de réagir.
Et ça, bordel, ça change tout.

Le relâchement

Les débats au boulot, il les laissait filer.
À la maison, il écoutait sa compagne sans corriger chaque mot.
Parfois, il sentait encore cette tension remonter dans son ventre, cette envie de prouver, de dominer la conversation.
Mais il savait la reconnaître.
Il la voyait venir.
Et ça suffisait pour la désamorcer.

Il avait compris que le monde ne s’effondrait pas quand il avait tort.
Que la valeur d’un être humain ne se mesure pas à la justesse de ses arguments, mais à sa capacité à rester humain, même quand il doute.
Il n’avait plus besoin d’avoir raison pour se sentir en paix.
Il avait besoin d’être vrai.

La paix retrouvée

Un matin, il s’est surpris à sourire en écoutant quelqu’un lui prouver le contraire de ce qu’il pensait.
Pas un sourire ironique.
Un vrai sourire.
Celui du mec qui n’a plus besoin de gagner pour être là.
Il a pris une gorgée de café, a laissé les mots de l’autre s’imprimer en lui, et a répondu :
— Peut-être que t’as raison.
Et c’était sincère.
Pas un aveu de faiblesse.
Un acte de liberté.

Avoir raison ne servait plus à rien.
Être en paix, ça, oui.
Et pour la première fois depuis longtemps, il se sentit léger.
Libre.
Vivant.

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auteur stephane briot
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