Après l’infarctus

Parce que malgré la peur de mourir, parce que malgré tout, la vie est une chose magique, alors, vivre après l'infarctus. Premiers pas.

Le mail que te secoue la pulpe
Ce n'est pas le cul vissé dans un fauteuil, la tête dans les nuages et les pieds dans tes chaussons que tu vas trouver le chemin de ton propre succès.
Voici comment le trouver.

Dans ce billet

J’écris ces mots en date du 19 septembre 2022. Voilà quelques semaines, j’ai été victime d’un nouvel infarctus. C’est la deuxième fois que cela m’arrive.

C’est arrivé un lundi, alors que ma femme était en déplacement professionnel et que j’étais seul à la maison avec ma fille et mon neveu, durant les vacances d’été qui touchaient à leur fin.

C’est arrivé dans un moment où je commençais enfin à dépasser les peurs de mon enfance, à prendre la mesure de mes démons, à moins les écouter, à être plus connecté au présent.

J’avais repris une activité sportive quotidienne, je marchais beaucoup plus (presque 5 kilomètres pas jour), et au bout de quelques semaines, j’avais commencé à retrouver de l’allant, de l’envie, cet esprit de mes 20 ans que j’avais égaré quelque part, dans les méandres de la drogue et des émotions noires qui me hantent depuis mes 10 ans.

Quand tout bascule

J’avais réussi à reprendre enfin, vraiment, le dessus, et j’en étais heureux, fier. Ma fille me disait d’ailleurs que j’étais plus présent, plus souriant, plus agréable à vivre. J’étais là. Cela me faisait du bien et faisait du bien à ma femme, ma fille.

Et puis voilà, c’est arrivé. Un lundi, en fin de journée. J’étais dans mon bureau, et je sens là, tout qui bascule. Je me retrouve transporté aux urgences, je vois ma fille en larmes. Je m’effondre, je pleure. J’ai mal dans la poitrine, une douleur atroce. Je reste conscient.

La psychologie des médecins

Je suis au bloc, conscient, le cardiologue me parle, m’explique, avec des mots durs, brutaux. Ma poitrine me fait atrocement souffrir. Je reste pourtant en éveil. Je ne sais pas combien de temps dure l’intervention. Je suis paumé. Je pleure. J’ai moins mal à la poitrine, mais à l’intérieur, je suis un champ de ruines.

On me monte en unité de soin intensif cardiaque, je suis désormais seul dans cette chambre. Je pleure, et je pleure. J’ai mal pour ma fille qui a vu ce spectacle terrible de son père qui frôle la mort, j’ai mal pour mon neveu qui a partagé cela. Pour ma femme, obligée de revenir de son déplacement en urgence, de faire le trajet avec l’inquiétude terrible d’un tel moment.

Je me sens un poids, un boulet, inutile, bon à rien, et reviennent les sentences du passé, elles frappent mon esprit, mon âme, avec une violence, une brutalité. Je suis de nouveau ce gamin sans défense.

Dans la chambre, les cardiologues viennent me voir en ce lundi soir. J’en prends plein la tête. Je vais mourir. Quelle autre issue après un tel discours alarmiste ? Enfin, c’est ce que je crois. Je ne suis pas médecin, mais c’est ce que j’entends. Si je bouge, je meurs.

Ils veulent frapper fort et je comprend, c’estjuste que ça fait mal, mais si je n’avais pas fait le con. Ces dernières années, j’avais deux médicaments à prendre, l’un pour le cholestérol et l’autre pour fluidifier le sang. Je n’ai pris aucun des deux, c’est vrai, j’ai fait le con. Je me suis cru plus malin. Raté.

Alors, ils veulent frapper fort, très fort. Je m’effondre, je pleure tout ce que je sais. Ça ne les arrête pas. Ils enfoncent le clou, ne me laissent que peu, très peu d’espoir. Mon cœur est salement touché, très salement. On ne sait pas. On verra. C’est critique, très critique. Ma vie semble m’échapper.

Le retour de la peur

Et voilà, j’ai peur. Une peur terrible. Désormais, pour moi, vivre est redevenu risque de mort. Quelque chose dont j’avais eu un mal de chien à me défaire après le premier infarctus. Me revoilà plongé dedans.

Le lendemain matin, c’est la visite traditionnelle des médecins. Et ils remettent ça. Durant les 3 ou 4 premiers jours de mon hospitalisation, je vais en prendre plein la tête. Entre état critique et leçon de morale.

C’est vrai, j’ai fait l’idiot en ne prenant pas mon traitement. Alors, j’encaisse comme je peux. C’est à dire, très difficilement.

Se reveilller, pleurer, se calmer et recommencer

Chaque matin, je me réveille, et rapidement, je m’effondre, je pleure tout ce que je sais. Et puis, cela passe doucement. Je reprends un peu mes esprits. La journée se termine un peu plus en paix. Avant de recommencer le lendemain, à l’identique.

Je ne reste qu’une semaine à l’hôpital. Je rentre chez moi le lundi suivant. Mais je ne repars pas sans rien. Je suis équipé d’un défibrillateur. Un gilet que je porte H24. Mon cœur étant à 34% de ses capacités, ce gilet pourrait bien me sauver la vie.

Une simple question de point de vue ?

Alors, je le porte, jour et nuit. Avec tout l’inconfort psychologique que cela engendre. On peut le prendre de deux façons. La première, se dire qu’en cas de danger, je suis sous protection. La seconde, se dire que je suis dans un état critique, et qu’à tout moment, ça peut lâcher.

Quel angle choisir quand c’est sa propre vie qui est en jeu ? Difficile. Un coup l’un, un coup l’autre. Le mieux, c’est encore d’arriver à l’oublier, de ne pas y penser. Pas le plus simple, mais sans doute le plus confortable.

Il y a également le traitement. Une dizaine de cachets à prendre chaque jour. Un traitement bien lourd qui fatigue, tant le corps que l’esprit. Les premiers jours, après la prise de médicaments du matin, je m’endormais lourdement.

Et puis, il y a l’arrêt du tabac. Oui, ça aussi c’était une belle connerie. Après mon premier infarctus, j’avais cessé de fumer durant presque un an. Et plongé dans un environnement que je partageais quotidiennement avec deux fumeurs, j’ai fini par replonger. Belle idée.

Rentrer à la maison, c’est revivre ?

Je suis donc rentré chez moi. Rien que le fait de montrer dans ma chambre à l’étage me mettait en stress. Le fait de marcher, de bouger. Avec ce que j’ai gardé en mémoire des dires des cardiologues, je me suis paralysé, tétanisé.

Et puis, il y a la douleur psychologique, celle qui n’est pas prise en charge par les hôpitaux. Et celle-là, elle fait souffrir. Je ne sais pas combien de fois je me suis vu mourir, là comme ça, tout net. Je me lève, et je m’effondre, tout est terminé. Une horreur. Une douleur sans fond.

Une peur terrible qui m’a fait vouloir me retirer, me replier sur moi, quitter ma maison et trouver un coin, loin, pour ne pas faire souffrir les miens. Je ne voulais plus jamais leur infliger une telle horreur, une telle violence, et encore moins l’image de moi en train de sombrer lentement, mais surement.

Accepter l’aide, la béquille

Après mon retour, j’ai sans nul doute passé l’une des semaines les plus difficiles de mon existence. Je me suis senti paumé, seul, j’ai mis ma femme et ma fille dans un état d’inquiétude avancé. C’était une sale semaine.

J’ai finalement suivi les conseils de mon généraliste et de ma psy. J’ai pris une béquille. Un anxiolytique, pas trop fort, parce que je ne veux pas être shooté, je veux rester lucide, être en capacité de réfléchir, de penser.

Ils m’ont conseillé d’en prendre 3 fois par jour. J’en suis à un, le matin, et parfois, un autre le soir, pour trouver un peu de repos dans le sommeil.

Depuis, je recommence à y voir plus clair, à mieux faire le tri entre les peurs, les angoisses, et je vois de nouveau la possibilité de pouvoir retrouver une vie normale.

Quelle vie pour quel avenir ? Va savoir !

Je ne vais pas vous cacher que j’ai la trouille. Une putain de trouille. J’ai un rendez-vous le 26 septembre 2022 pour faire un premier point. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Est-ce que mon cœur ira mieux, est-ce qu’il récupère bien ? Quel degré de séquelles vais-je conserver ? Comment sera ma vie ? Je n’en sais foutre rien.

Je vais aussi entamer des séances de rééducation cardiaque. Cela consiste à faire des exercices sportifs sous surveillance médicale. Voir comment le cœur réagit et le réhabituer à faire des efforts, progressivement.

Toucher le fond, et après ?

Je connais ce parcours. Cela me secoue de m’y retrouver encore. Et si j’y suis, c’est parce que je n’ai pas fait tout ce que j’aurais dû pour m’éviter cela.

Croiser la mort, ou la risquer de façon brutale, comme lors d’un infarctus (ou d’autres évènements où vous sentez clairement que tout peut basculer, s’arrêter), ça laisse une drôle de trace. L’individu prend conscience de sa mortalité, que tout ce qu’il fait, dis, pense, tout cela va prendre fin un jour.

Alors, souvent, on se dit : à quoi bon putain ? À quoi bon bosser, se lever, se battre, si tout doit finir un jour ? Ça, c’est quand on touche le fond. Et toucher le fond, c’est terrible. Une béquille, une famille aimante, ça fait du bien.

Parce que peu à peu, ça aide à retrouver le chemin de la vie. Et peu à peu, je me remet doucement en route. En faisant quelques maquettes en bois, en allant chercher le pain, en marchant un peu, en préparant le déjeuner ou le diner, en regardant des séries en streaming, en écrivant pour moi, puis cet article.

Y’a un chemin devant moi. Eu égard au métier qui est le mien, je ne devrais pas me montrer « faible », je devrais avoir un discours motivationnel, guerrier, et j’en passe. Un joli marketing quoi. Seulement, j’ai toujours fait passer l’éthique et l’authenticité avant le reste. Et je ne suis pas un héros Marvel. Juste un humain.

Et un humain, quand il touche les limites de sa propre vie, il en ressort drôlement secoué, et il lui faut du temps pour s’en remettre. Question émotion, un tel évènement, ça secoue très fort.

Je compte bien retrouver l’envie, la joie, la vie. Pour le moment, je sens la trouille au fond de moi. Je ne sais pas ce que ma santé me réserve. Alors, toutes ces histoires de succès, de gloire, d’argent, pour le moment, vraiment, ça me passe loin.

Ça va faire une semaine que je n’ai pas pleuré. Une semaine que je n’ai plus trop d’images de mort qui me hantent. Et ça, pour moi, actuellement, c’est un succès. J’ai même trouvé l’envie de poser ces quelques mots.

Quelques mots pour finir

Je voudrais finir avec une chose. On le dit souvent, mais qui écoute vraiment ? La vie est un fil fragile qui peut rompre à tout instant. Beaucoup le savent et jouent sur cette peur, la peur, pour nous faire agir. Je vais vous dire. Cessez donc d’agir par peur de perdre ou de manquer. Agissez par amour.

L’amour de la vie, l’amour de vous-même, l’amour de l’autre, l’amour de vos enfants. Je ne sais pas ce que vous pourriez aimer, mais agissez par amour, par envie.

La peur est chierie, une saloperie de merde qui nous colle au cul. Et agir par peur ne sert qu’à une chose bien souvent : la renforcer, lui donner plus d’importance, et pire encore, donner du pouvoir à des salops qui n’attendent que cela !

Agir par amour, ça renforce aussi l’amour, c’est pour cela qu’agir avec ça, c’est quand même vachement mieux, vachement plus porteur. Seulement, ça, c’est vous et vous seul qui pouvez le décider.

Maxime Ricard Avatar

Stéphane est un super coach, à l'écoute et qui met en place des actions concrètes. Merci !

Maxime R.
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Stéphane Briot

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